Binge-Watching : la démesure du divertissement

Saviez-vous que depuis 2014, Netflix propose une fonctionnalité qui permets de désactiver le lancement automatique du prochain épisode ? Bien évidemment, ce n’est pas promu de la part de la plateforme mais cela dit, allez-vous désactiver cette fonction ? La plupart des gens ne réalisent pas qu’ils peuvent bloquer la lecture automatique. Et ça, Netflix l’a bien compris. Nous sommes de simples serviteurs de l’écran, incapables de nous en détacher. Le contenu est conçu pour être consommé en rafale.

Binge-watching, marathon-viewing ou même visionnage boulimique, l’activité est discutée comme d’une pathologie. Selon Urban Dictionary, Binge-watcher est le fait de « Regarder une série TV en une semaine avec plusieurs saisons, et avoir peu ou pas de sommeil. »  L’objectif de la vidéo est d’informer, d’enseigner, de divertir et d’inspirer. Ce but est perdu si nous ne nous souvenons pas de ce que nous apprenons, si nous n’apprécions pas les rires et si nous ne transformons pas l’inspiration en action.

Pourtant, ce sont les conséquences exactes du binge-watching de séries télévisées sur Netflix et de vidéos sur Youtube. En surface, cela ressemble à un simple problème de procrastination, mais c’est bien plus profond que cela. Oui, nous utilisons la vidéo pour remplacer l’ennui par l’excitation, mais pourquoi en avons-nous tant besoin ?

Causes du binge-watching

Selon le journaliste Emil Steiner, les raisons du binge-watching siègent entre un sentiment d’aboutissement, l’inclusion culturelle ou encore la recherche d’un état de relaxation, de nostalgie. Mais un élément important s’ébruite dans la culture populaire quand il s’agit de consommation rapide : le devoir. C’est presque devenu un devoir culturel de regarder telle ou telle série. Afin de se sentir inclus dans la discussion, appartenir à un groupe social, il FAUT avoir suivi les dernières tendances des plateformes de streaming. Le « binge- langage » poursuit son apogée dans les ménages, sur les places de travail ou dans les groupes d’amis. Le degré entre le il faut que tu voies ça VS ne le regarde surtout pas influence de manière infondée notre manière de consommer. C’est tout ou rien. D’un point de vue extérieur, c’est un mouvement qui tend à standardiser l’ensemble des savoirs en mettant en avant la culture générale au détriment de la créativité individuelle.

Le contre effet de la promotion irrationnelle d’un film ou d’une série sans l’avoir vu conduit bien souvent à un phénomène d’aiguillage. C’est-à-dire, le refus de regarder une série tant elle a été acclamée par la pop-culture. Cette ardeur particulière de contre-courant incarne souvent du mépris, comme si ces critiques de tous les jours daignaient regarder ce divertissement tant annoncé et qu’ils ne l’appréciaient pas. Ils auraient l’impression qu’on leur a vendu un raté. Il y a un furieux sentiment de droit – comme si tout devait parler à ou pour tout le monde, au lieu d’avoir la vision rationnelle que certaines choses seront faites pour vous, et d’autres non.

Les privilégiés du Binge-Watching

Le temps libre est devenu l’un des biens les plus précieux. Une aversion à l’ennui et une faible tolérance à l’impatience sont à l’origine de la culture de la frénésie, la « binge-culture ». Avide d’excès, nos esprits gourmands en distraction ont constamment besoin d’être nourris. Et qu’est-ce qui est plus excessif qu’une série qui ne se termine (presque) jamais ? Pour citer Oscar Wilde, « La modération est une chose fatale. »

La pression de ce plaisir incessant provient du fait que chacun dispose de quantités différentes de temps libre. Une personne ayant des enfants en bas âges disposera de moins de temps pour une séance de binge-watching. Pareillement, les personnes qui cumulent plusieurs emplois, qui travaillent le soir ou qui ont d’autres obligations familiales sont moins à même d’avaler sans effort une série de douze épisodes chaque semaine.

L’écart entre les privilèges technologiques se déplace constamment. Au début, le fossé se situait entre ceux qui pouvaient et ceux qui ne pouvaient pas posséder un smartphone ou une tablette coûteuse. Aujourd’hui, ces gadgets sont encore chers, mais ils sont désormais considérés comme un bien de nécessité, même pour les personnes vivant sous le seuil de pauvreté. Pourtant, à mesure que l’écart se referme, un nouveau fossé s’ouvre : entre ceux qui utilisent profusément leurs tablettes et ceux qui ont commencé à limiter leur temps d’écran.

Cependant, dans un monde où règne le vacarme du divertissement à foison : le récit collectif des réseaux sociaux, les sagas multiples de la télévision à la carte – avoir son propre récit interne, singulier, est tout simplement essentiel.

Une addiction nocive ?

Au lieu de penser que les plateformes de streaming font partie du paysage milléniale, il faut le voir comme un véritable algorithme dévorant qui essaye de nous vendre plus que ce dont il nous a déjà rendu accro. Les psychologues cliniques s’accordent à dire que les marathons de binge-watching de notre série favorite déclenchent une libération de dopamine dans le cerveau. S’engager dans une activité qui stimule la dopamine, la substance chimique qui fait planer le cerveau, rend le corps complétement dépendant. Le cerveau renforce et motive la reprise de cette activité. Combiné au fait que notre subconscient projette de vraies émotions sur les personnages et histoires vues à l’écran, cette addiction gomme la ligne entre la vie réelle et la fiction. En effet, en s’investissant ainsi dans une histoire et en s’identifiant aux personnages, cette frontière s’amenuise. La raison du sentiment de mélancolie à la fin d’une saison vient du niveau d’excitation du cerveau qui baisse drastiquement dans la seconde où la musique de fin résonne et que le générique commence à défiler. 

Simultanément à l’impact sur les hormones de notre cerveau, la deuxième peur associée au binge-watching repose sur l’érosion de la mémoire. Il a été prouvé que la consommation exagérée de contenu streaming entraîne des conséquences au niveau cognitif. Cet impact sur nos fonctions cognitives s’explique par les changements rapides d’images et de sons, des informations que notre cerveau reçoit passivement. Devant un programme diffusé, on n’interagit pas avec ce que l’on voit. Contrairement à un jeu vidéo ou à une recherche on-line, qui sont des actions actives. De ce fait, cela altère la mémoire et tout particulièrement notre mémoire verbale. En effet, de plus en plus, avec l’invention d’internet, nous sous-traitons notre mémoire. Ce n’est peut-être pas si efficace d’utiliser notre matière grise quand internet peut stocker les informations à notre place ? Toutefois, l’idée d’externaliser le cerveau sur un disque dur est terrifiante.

Un effet hypnotique

En 2017, le CEO de Netflix Reed Hastings a dit « notre plus grand concurrent est le sommeil ». Veiller jusqu’à 3 heure du matin en dilemme entre la fatigue et l’envie de regarder un dernier épisode, voilà sur quoi jouent les plateformes de streaming.  

En définitive, les fins d’épisodes à suspens provoquent du stress et notre cerveau trouve la solution pour soulager ce sentiment : appuyer sur le bouton « Prochain épisode ».

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